Le blog de Louis Lepioufle

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Tunisie, Égypte, Lybie, Barheïn : la diplomatie du digitale

Jusque-là, lorsque l’on souhaitait engendrer une révolution dans un pays tiers, les puissances extérieures utilisaient la diplomatie classique, les transferts financiers et logistiques, comme ce fut le cas lors de la Révolution Orange en Ukraine notamment. On a pu le voir lors des évènements en Tunisie et en Égypte, Internet y a joué un rôle majeur, les réseaux sociaux principalement.

En Tunisie, la révolution s’est organisée autour de Facebook principalement et Twitter dans une moindre mesure. Le régime d’Hosni Moubarak a quant à lui commis l’acte le plus liberticide du monde au regard de l’accès à Internet, selon Libération. Le Monde Diplomatique établit que « Ni la Birmanie en 2007, ni la Chine en 2008, ni l’Iran en 2009 ne seraient allés aussi loin que l’Égypte face à la contestation sur la toile. Seul le pays du raïs despote a totalement coupé l’accès au réseau, pour les neuf dixième des 23 millions d’internautes égyptiens ayant un accès occasionnel ou régulier au Web — dont cinq millions d’inscrits au réseau social Facebook ».

Cinq jours plus tard, « les autorités égyptiennes choisissent de rétablir l’accès au réseau. La veille, Google avait lancé la possibilité de tweeter par téléphone, contournant ainsi le blocage. Il suffit aux opposants égyptiens d’appeler un numéro téléphonique pour laisser des messages vocaux, qui sont aussitôt retransmis sur Twitter. L’occultation numérique des événements n’est alors plus possible ; l’arrestation de Wael Ghonim, le responsable marketing de Google au Proche-Orient (qui sera porté en triomphe sur la place Tarhir après sa libération), se révèle vite totalement inadaptée à la situation ».

L’armée et le pouvoir égyptien s’est également servi de ces services de télécommunications pour appeler à la délation et minimiser le mécontentement sur le pouvoir. Mais comment se fait-il que du jour au lendemain, des milliers de personnes se ruent sur les réseaux sociaux pour organiser des révolutions, sans appui direct de puissances extérieures. Beaucoup pourrait admettre que ces révolutions, par les canaux qu’elles ont utilisés, sont le fruit de la population seule. Il n’en est rien.

En effet depuis les primaires démocrates américaines, Barack Obama a intégré dans son équipe un spécialiste du web : Alec Ross. C’est lui qui a mis sur pied la campagne 2.0 d’Obama, celle qui lui a permis de s’attirer de nombreux votes. « Agé de 39 ans, ce grand blond a pensé et coordonné tout le programme numérique de la campagne d’Obama. Au Département d’État, Alec Ross révolutionne les méthodes de la diplomatie mondiale par l’usage des nouvelles technologies. […] Sur place en Égypte et en Tunisie, Ross et ses équipes ont au préalable armé financièrement et technologiquement des milliers de geeks avides de liberté. Des leaders 2.0 comme le blogueur tunisien Slim Amamou, devenu secrétaire d’Etat à la Jeunesse, témoignent de l’activisme américain auprès des défenseurs de la liberté d’expression arabes ».

Cette diplomatie digitale, Washington l’a bien compris et l’utilise à souhait, débloquant 30 millions de dollars sans frémir. Condolezza Rice avait à cœur un nouveau Proche-Orient, une grande intervention armée permettant de renverser les dictatures et d’imposer la démocratie, tout en y ajoutant les intérêts américains. Obama reprend le même principe, en théorie seulement. Dans les faits ces révolutions sont perçues comme émanant du peuple, de la base, sans interventions extérieures. Elles sont réalisées par le peuple et pour le peuple. La démocratie s’en sort renforcée, le peuple écouté. Mais le problème avec ces nouvelles méthodes diplomatiques, c’est que l’on ne connaît pas encore ses limites.

Crédit photo: Truthout.org on Flickr.com

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2 comments

  1. Nicolas - 2011/02/18 12 h 20 min

    On ne connait pas non plus la limite de ce genre de révolution, d’ailleurs : qu’en restera-t-il ?

    Et je crois qu’on surestime le rôle des médias sociaux (mais pas de la diplomatie américaine…) qui ont plutôt tendance à faire plaisir les observateurs franchouillards qui se croient plus informés que la presse, voire le gouvernement…

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  2. Louis Lepioufle
    Twitter: LouisLep
    - 2011/02/18 12 h 48 min

    On surestime le rôle des médias sociaux comme « influenceurs » de la révolution. Il n’en demeure pas moins que le rôle « logistique », comme « outil » de la révolution est très important.

    Répondre

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