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Ta nationalité: tu l’aimes ou je te fiche

Le député UMP Claude Goasguen a toujours eu quelques faiblesses – et c’est peu dire – pour la droite forte, vigoureuse, extrême, appelée-là comme bon vous semble. Ce monsieur, qui aussi accessoirement rapporteur de la mission d’information parlementaire sur le droit de la nationalité, estime qu’il faut « limiter la binationalité« .  Bien sûr, il ne souhaite pas que la limiter, il souhaite aussi limiter les droits politiques des binationaux, cela va sans dire.

Heureusement, il y a des critiques au sein de l’UMP, enfin, point trop n’en faut. Souvenez-vous du député qui avait proposer de procéder à des tests ADN sur l’octroi de la nationalité française, le très fameux Thierry Marianni, qui n’est autre que candidat aux législatives de 2012 sur la circonscription Asie-Océanie. La dépêche AFP commençait plutôt bien:

« Limiter le droit de vote des binationaux, à titre personnel, je trouve ça choquant« 

Ça a malheureusement dérivé assez vite…

M. Goasguen, rapporteur de la mission d’information parlementaire sur le droit de la nationalité qui doit achever ses travaux d’ici à fin mai, a proposé que « l’on commence par enregistrer les situations de double nationalité au moment des actes de mariage, de naissance ou de naturalisation », pour disposer « à terme d’un registre des binationaux ».

Il a également suggéré « une limitation des droits politiques » des binationaux, jugeant « gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre État ».

À y regarder de plus prêt, Marianni a simplement la même position que Goasguen: on les fiche, on limite leurs droits civiques et on les brûle. Bref, on les considère comme des demi-citoyens. Comme l’a très bien rappelé Pouria Amirshahi, « il n’existe pas différentes catégories de Français, mono-nationaux d’un côté et binationaux de l’autre« 

En toute logique, le Parti Socialiste est très clair, dans son projet pour 2012 tout d’abord :

Notre population diverse, métissée, nos deux millions et demi d’expatriés, le nombre de nos concitoyens qui parlent deux voire trois langues (arabe, chinois) et qui sont binationaux sont une force.

Mais aussi par sa position, à l’image de Pierre-Yves Le Borgn’, responsable de la Fédération des Français à l’Étranger du Parti Socialiste :

Il n’existe que des Français, à égalité de droits et de devoirs. Le principe d’égalité au cœur de la République ne s’accommode d’aucune forme de discrimination que ce soit. La bi-nationalité est une réalité, une richesse culturelle et une ouverture au monde. Dans un foyer binational, l’on ne choisit pas une culture et une nationalité par rapport à l’autre. L’une et l’autre se vivent pleinement.

Un enfant franco-espagnol est français en France et espagnol en Espagne. Vouloir l’empêcher de vivre sereinement ses deux nationalités, le ficher et le priver de ses droits politiques une fois devenu adulte défie l’entendement. Notre pays compte des millions de binationaux, parmi lesquels plusieurs centaines de milliers vivent à l’étranger. Ils doivent être écoutés, représentés et défendus au lieu d’être pointés du doigt, jetés à la vindicte populiste et discriminés.

Par ailleurs, le rapport législatif du Sénat portant sur le projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité est très clair sur le sujet et l’admet lui-même: « Aucune disposition n’impose actuellement à un étranger qui acquiert la nationalité française d’indiquer quelles nationalités il possède : l’administration connaît en principe la nationalité d’origine de l’intéressé, puisqu’elle est portée sur les documents d’identité joints à la demande.« . L’argumentation gouvernementale se base sur des objectifs statistiques, afin de connaître les nationalités des ressortissants français. Pourtant, comme l’ont indiqué très clairement, Goasguen et Marianni c’est la création d’un fichier dont il est l’objet ici. Non, non, ne parlons pas d’histoire qui se répète, ce serait ici malvenu (sic).

Comme l’a indiqué Manuel Valls, je ne doute pas que, lors de la prochaine mission d’information sur le droit de la nationalité, « les députés socialistes ne manqueront pas d’y défendre les principes fidèles aux traditions françaises« . À savoir désormais si les membres UMP de la mission ne vont pas tout simplement enterrer les traditions françaises républicaines. Christian Vanneste en est membre, ne l’oublions pas.

Thierry Marianni ne doit pas oublier non plus, tout autant que ses collègues, qu’à quelques exceptions près, les pays de notre si grande planète ont fait acte de la plurinationalité pour nombre de leurs citoyens, mais la considère aussi comme un atout pour le pays. Alors qu’en 1963 était établit la Convention du Conseil de l’Europe pour la réduction des cas de binationalité, elle n’est désormais plus applicable dans la très grande majorité des États de l’Union Européenne.

Si l’homme était plus fort seul, monoculturel, ne parlant qu’à ses compatriotes, cela se saurait.

Crédit photo : Jean Cormon on Flickr.com

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