Le blog politique d'un européen à Genève

Moins d’État, plus d’Europe et encore plus de Chine

Posted: octobre 31st, 2011 | Author: Louis Lepioufle | Filed under: Politics | Tags: , , , | 2 Comments »

Comme l’a affirmé Jean-François Achilli sur France Inter ce matin, « Jusqu’à une dizaine de jours [...] il suffisait de dire Europe pour que les uns regardent leurs montres et les autres prétextent une urgence pour filer« . C’était LE sujet incompréhensible et barbant. Et pourtant c’est LE sujet du moment, ce serait même un des éléments principaux de la campagne présidentielle de 2012.L’accord établi à Bruxelles ce week-end en est l’exemple.

Il y a deux éléments essentiels dans cet accord. Le premier concerne l’inclusion de puissances extérieures dans l’aide aux pays européens. La participation du Fond Monétaire International aurait été la bienvenue. Que nenni! On lui a préféré la Chine, le Japon et la Russie. L’eurodéputé Alain Lamassoure, membre du Parti Populaire Européen et ancien ministre d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, se dit «triste» et «humilié». Jérôme Cahuzac, président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, «s’élève avec beaucoup de force» contre «ce Munich commercial conclu par les dirigeants européens et par le président de la République» note Le Parisien. Mais au fond, seule la participation d’un de ces trois pays change la donne. Le Japon participe déjà depuis plusieurs mois au processus, puisqu’il a « déjà investi 2,68 milliards d’euros depuis le début de l’année, soit 20% du montant total des emprunts émis par le FESF« . À propos de la Russie, aucune participation directe n’est imaginée ni même acceptée par la Fédération de Russie, cette dernière consent uniquement à participer à hauteur de 10 milliards via sa contribution au FMI. Il ne reste donc que… la Chine. Même si, selon Reuters, l’achat par la Chine d’obligations émises par le FESF n’est pas à l’agenda du prochain sommet du G20, « Pékin attendait d’avoir des détails sur les nouvelles possibilités d’investissement dans le Fonds pour prendre une décision« . Des détails bien gardés pour le moment. Et même si Henri Guaino explique qu’il « est hors de question de négocier des contreparties« , on a vraiment du mal à le croire. En acceptant cette entrée extérieure au sein de l’Union Européenne, l’Europe perd son intégrité et son autonomie, son indépendance. Comme l’affirme Jean-Luc Domenach, l’enjeu est simple: « affaiblir autant que possible les compétences diplomatiques de l’Europe et négocier en bilatéral avec les différents membres de l’Union« .

Le deuxième point essentiel de cet accord est inclus à l’alinéa 4 du paragraphe 26 de celui-ci et est intitulé « Surveillance et coordination économique et monétaire« . Le titre est beaucoup moins sexy que les termes sondages, chômage, ou encore grève. C’est pourtant essentiel. Le texte établit que « la consultation de la Commission et des autres États Membres avant l’adoption de réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro pour donner la possibilité d’une évaluation d’un possible impact pour la zone euro». Dès lors, aucun État ne pourra décider d’une politique importante sans en référer, en discuter avec les autres États membres ainsi qu’avec Bruxelles. L’analyse de Dominique Seux sur France Inter ne peut être plus claire: « Comme le dit l’économiste Jacques Delpla, cette décision, c’est la fin en vue de l’autonomie économique des États, c’est le début de l’intégration des politiques économiques« .

Crédit photo: Un Dessin Par Jour


2 Comments on “Moins d’État, plus d’Europe et encore plus de Chine”

  1. 1 romain blachier said at 18 h 16 min on octobre 31st, 2011:

    intéressant billet

  2. 2 Louis Lepioufle
    Twitter:
     said at 19 h 43 min on octobre 31st, 2011:

    Merci!


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