La Francophonie à Montreux, un nécessaire engagement politique

Ce samedi 23 octobre 2010 avait lieu la cérémonie solennelle d’ouverture du XIIIe Sommet de la Francophonie au bord du Lac Léman, à Montreux. De nombreux Chefs d’État et de Gouvernement étaient présents, tour d’horizon des discours de cette matinée.

La star, attendue, de cette matinée était le Président de la République française Nicolas Sarkozy. Représentant du pays symbole de la francophonie, il fut accueilli sous les applaudissements nourris de la salle mais son discours ne fut pas le plus remarquable, sur le plan des avancées à mener par les États membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Doris Leuthard, assise au premier rang aux côtés du président français fut la première à s’exprimer, représentant le pays hôte. Ce fut la francophonie classique qu’elle incarna, appelant au retour « à l’État de droit dans les pays suspendus [de l’Organisation] » ainsi qu’à « faire vivre et renforcer» ce que représente la francophonie : la diversité culturelle. La Présidente de la Confédération suisse poursuivit pourtant par la suite un discours ponctué d’allusions à une Organisation politique ayant « un rôle à jouer » et se devant de le « revendiquer ».

Sur l’aspect culturel et purement linguistique, fondement pour de nombreuses personnes de la francophonie, plusieurs orateurs, à l’image du Premier Ministre du Canada, Stephen Harper, se félicitèrent de la place du français dans le monde. Rappelant les propos de Pascal Couchepin, ancien Président de la Confédération suisse sur les derniers Jeux Olympiques d’hiver, selon lesquelles « À Vancouver, le français a reçu la médaille d’or », reflétant la place qui fut réservée à la langue de Molière. Ce fut un message général estompé, dans des discours plaçant le politique au centre, plaçant l’avenir de l’OIF dans un contexte multilatéral nécessaire.

Le multilatéralisme ambiant a été évoqué comme élément fondateur de cette francophonie présente sur les cinq continents. Sur l’interventionnisme, il fut rappelé à de nombreuses reprises la place des États membres vis-à-vis du soutien apporté à Haïti à la suite du puissant séisme de 2009 et comme l’a affirmé le Premier ministre du Canada : « la francophonie ne laissera jamais tomber [cet État] ». C’est ainsi que la Vice-Présidente de la République socialiste du Vietnam – ce pays fêtera cette année le 65e anniversaire de son indépendance – a demandé un « investissement de l’OIF en matière de prévention et de résolution des conflits ». Une proposition reprise par le Cameroun qui envisage « la création d’un fonds de solidarité d’urgence ». Il ne s’agit pas là de créer une entité en opposition à l’ONU, mais de renforcer les liens et possibilités d’intervention entre pays francophones. Il s’agit de profiter des éléments qui rassemblent ces États, ces peuples, de par leur « spécificité francophone » comme aime le rappeler Paul Biya, Président de la République du Cameroun.

Les priorités de ce sommet sont ressorties de ces discours, notamment en ce qui concerne le changement climatique rappelé tour à tour par les Présidents de la Suisse, du Cameroun et du Burkina-Faso. Les États africains ont d’ores et déjà mis en avant un sujet récurrent, et pour lequel aucune solution viable n’a été mise en œuvre : la crise alimentaire. « La francophonie ne peut rester indifférente face à [celle-ci] », c’est ainsi que Paul Biya présenta le sujet. Ce fut sans hésitation M. Campaore, Président du Burkina-Faso qui mit le mieux en exergue le problème apportant des solutions précises et concises dans un discours très clair : la solidarité francophone doit être prise en direction de la « coopération en matière de recherches » concernant l’agriculture, afin de développer, dans les pays du Sud, une « agriculture industrielle ». Cette agriculture devra bien entendu être mise en place en s’associant avec l’autre défi majeur des années à venir : le changement climatique. La base de cette solidarité doit se fonder sur « les acquis » des différents États membres. En effet, dans de nombreux domaines, ces acquis « attestent de la vitalité de la francophonie et sa capacité à tenir sa place dans la gouvernance mondiale ».

Gouvernance mondiale, un thème récurrent et logique pour l’ouverture du sommet d’une Organisation Internationale. Un élément rappelé dans le discours de Ban Ki-Moon, lu par le secrétaire général adjoint de l’ONU, selon lequel « le français est essentiel au processus multilatéral ». Un processus multilatéral qui doit lui permettre de s’affirmer et de « mettre à profit sa valeur ajouté afin de dépasser les coalitions régionales », en renforçant un « courage d’engagement fort, concret et mesurable ». Un engagement qu’a fait sien Nicolas Sarkozy, Président de la République française, appelant de ses vœux à l’entrée d’un État africain au sein du Conseil de Sécurité en tant que membre permanent, tout comme devraient l’être certaines puissances régionales sud-américaine ou asiatique.

La Francophonie mise en avant lors de cette cérémonie d’ouverture fut donc avant tout politique, car bien au-delà de la langue qui unit ces pays, c’est bien une Histoire, des peuples et des valeurs qui font ce que l’OIF est aujourd’hui, davantage encore depuis la présidence d’Adbou Diouf, félicité à maintes reprises par les différents orateurs. La Francophonie n’est donc pas lettre morte, même si elle fait pourtant figure d’organisation de petits fours. Le Sommet de Montreux a rappelé la nécessité d’une Francophonie, représentant un tiers des États membres de l’Organisation des Nations unies, qui se doit donc, à l’avenir, d’être forte et de présenter davantage de projets communs autour d’une même destinée.

Cet article a été rédigé pour eurosduvillage.eu

Crédit photo: Photoswebpm on Flickr.com

Votez pour cet article sur

Le Maroc à l'heure de l'autoritarisme…

10 de règne, ca se fête, mais pas avec du sparadrap. 10 ans que le roi Mohammed VI est à la tête du Royaume du Maroc. Festivité donc, mais également analyse des médias au programme. Car en 10 ans de nombreuses choses se sont produites sur ce territoire à cheval sur la Méditerranée et l’Océan Atlantique. On ne va pas jusqu’à faire une immense Gay Pride haute en couleur comme à Stockholm, mais quand même. Progression du droit des femmes, diminution de l’illettrisme, progression des libertés publiques, … C’est habilement joué de la part de Sa Majesté Mohammed VI, puisque mettant en œuvre des projets regroupant des politiques de tous bords.

Pourtant, au milieu de ces réjouissances ce cache un véritable problème. Ce n’est ni La Croix, Courrier International ou encore Voici qui en parle, cela va déplaire à Luc ! Le Monde saute à pied joint dans le lac et fait l’effet d’une bombe. En s’alliant au journal marocain TelQuel pour la commande d’un sondage à LMS-CSA, la branche marocaine de l’institut de sondage français CSA, le journal français ne s’attendait sûrement pas aux évènements de ces derniers jours puisqu’en effet, la monarchie au Maroc “ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage”, avait expliqué samedi à l’AFP le ministre de la Communication Khalid Naciri. « Le ministre de l’Intérieur a ordonné la saisie des numéros 384-385, du 1-er août au 4 septembre 2009, et 212-213, du 1-er août au 3 septembre 2009, des hebdomadaires “Telquel” et “Nichane”, suite à la publication d’un ensemble d’articles enfreignant les dispositions légales en vigueur. » C’est à dire ? Tout simplement qu’il est impossible d’avoir un regard critique sur le pouvoir en place au Maroc, qu’il est impossible de critiquer le Roi et son système, les Princes et autres Altesses. Le plus étonnant est que le résultat de ce sondage est extraordinairement favorable à Mohammed VI. Le roi est même plébiscité par le peuple marocain.  Le Monde pose alors la question à savoir si « le pouvoir a-t-il voulu rappeler qu’un principe est un principe, et qu’on n’y déroge pas, quitte à employer des méthodes que l’on croyait réservées à la Tunisie de Zine Al-Abidine Ben Ali ou à l’Algérie d’Abdelaziz Bouteflika ?« 

Selon ce sondage, les Marocains sont 91% à juger positif le bilan des dix premières années de règne (40% très positif et 51% plutôt positif), contre 6% qui le considèrent comme plutôt négatif et 2% très négatif. Ils sont également 49% à estimer que le Maroc est une monarchie démocratique, contre 33% qui la jugent autoritaire, tandis que 18% sont sans opinion.

Le sondage montre cependant que les Marocains sont très réservés sur l’action du roi dans la lutte contre la pauvreté et sur la réforme du code de la famille. Concernant la pauvreté, ils sont 37% à penser que la situation s’est améliorée dans les dix dernières années, mais également 37% à juger qu’elle n’a pas évolué, tandis que 24% d’entre eux estiment qu’elle s’est aggravée.

Au-delà du résultat, ce sondage dévoile un aspect autoritaire du Royaume, empêchant ainsi la libre pensée, la critique, positive ou négative, d’un système ou pouvoir en place. Elle met en avant l’absurdité d’un régime qui a pourtant permis, de part ses multiples projets passés et à venir, de nombreux progrès sociaux, économiques et d’avancées notamment en matière d’égalité des sexes.

Par ailleurs, bien que ne faisant pas l’objet d’une séparation brutale entre deux communautés, le Maroc se distingue bien autour de deux mondes qui sont respectivement rural et citadin. Ainsi, ce sondage dévoile un aspect particulièrement choquant et ultra-traditionaliste : « l’une des grandes réformes de la dernière décennie, celle du code de la famille qui, depuis 2004, fait des Marocaines les égales des hommes sauf en matière d’héritage, est loin de remporter l’adhésion des personnes interrogées. Elles sont 49% à penser que la réforme donne trop de droits aux femmes, 30% à juger qu’elle en donne suffisamment et ne doit pas évoluer, contre 16% qui jugent qu’il faut aller encore plus loin.« 

Crédit photo : Bartosz Nowicki on Flickr.com

Votez pour cet article sur

Robert Mugabe, humouriste de l'année !

Je crois que je vais devenir « supporter » de Robert Mugabe sur Facebook… Mais avant, il faudrait qu’il change de « catégorie », serait-il possible de le faire passé de Politique à Humouriste???

Ma raison? C’est simple, il vient de nous faire avaler la plus grosse couleuvre de l’année!

Votez pour cet article sur

Le MJS 22 scandalisé par Brice Hortefeux

J’adhère sans appel au communiqué de presse du MJS 22 dont je fais partie concernant les propos de Brice Hortefeux et qui devrait paraître dès demain dans les journaux locaux.

Le Mouvement des Jeunes Socialistes des Côtes d’Armor est scandalisé par l’attitude de M. Hortefeux à l’égard des associations de soutien aux sans-papiers. « Groupuscules », « agitateurs », « provocateurs », « anarchistes », les mots employés par le ministre sont inacceptables et servent en vérité à cacher une réalité peu glorieuse: celle de la situation au sein des centre de rétention administrative.
En effet, l’ambiance y devient de plus en plus explosive, comme en témoigne l’incendie du CRA du Mesnil-Amelot. La faute appartient intégralement au gouvernement et à son ministre de l’immigration et de l’identité nationale, qui organisent depuis plus d’un an une traque sans relâche de tous les sans-papiers, sans aucune distinction, y compris en Côtes d’Armor.
Le MJS22 apporte son soutien inconditionnel à SOS sans-papiers, RESF, le collectif contre le rascisme et pour la solidarité, et à toutes les associations qui défendent la cause des sans-papiers, par soucis d’humanisme et de progrès.
Le MJS22 demande une vague de régularisation des sans-papiers ainsi que la supression du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale, véritable honte de la République.

Le Mouvement des Jeunes Socialistes des Côtes-d’Armor

Crédit photo : sam*, on Flickr.com

Votez pour cet article sur

La diplomatie selon Sarkozy

Désolé pour le manque d’actualisation du blog ces temps-ci mais examens obligent… le temps se fait plus rare !

Je voudrais juste, ici, vous faire part de 2 discours de Nicolas Sarkozy à quelques mois d’intervalles et mis en avant par Jean Quatremer… Je vous laisse réfléchir !

Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République Française devant le Forum d’affaires franco-tunisien, le 29 Avril 2008 :

« Personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais (…) de m’ériger en donneur de leçons. »

Discours de Nicolas Sarkozy, Congrès de l’UMP, 14 Janvier 2007 :

« Je ne crois pas à la « realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats. Je n’accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, au Darfour. Je n’accepte pas le sort que l’on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n’accepte pas la répression contre les journalistes que l’on veut bâillonner. Le silence est complice. Je ne veux être le complice d’aucune dictature à travers le monde »

Votez pour cet article sur

Next Posts