Urgence au Pakistan

Urgence, c’est le mot qu’il faut utiliser pour qualifier le Pakistan d’aujourd’hui. Urgence politique, urgence social, urgence électoral. Trois termes qui régissent aujourd’hui un pays pourtant puissant par ses denrées géologiques, par sa faune et sa flore mais également, et surtout, de part ses relations diplomatiques avec les pays du Moyen-Orient et de l’Asie centrale.

Au moment même ou une unité nationale, non pas entre les partis politiques, mais entre la population est nécessaire, le Président Pervez Musharraf provoque un esprit de rébellion au sein de ses citoyens en attribuant la mort de Benazir Bhutto à sa propre faute. En réagissant ainsi, Musharraf omet le combat de cette figure de la démocratie orientale, omet la volonté d’une femme et d’un peuple et omet enfin qu’un retour à une véritable démocratie est plus que nécessaire au Pakistan aujourd’hui.

Afin de remédier à ces conflits et à cette crise interne qui menace tous les pays de la région de part leurs fragilités, il est nécessaire que la communauté internationale intervienne auprès du gouvernement actuel. Cette intervention ne doit pas faire l’objet de sanction provenant du Conseil de Sécurité des Nations-Unis, il ne s’agit pas non plus de brandir la menace d’une intervention armée ou économique. Il s’agit ici de favoriser la coopération avec les forces de police afghane à la frontière mutuelle aux deux pays, la communauté internationale doit également avoir pour objectif et pour ambition la stabilité interne au Pakistan. Pour réaliser ce dernier, il est impératif que les élections se déroulent aux échéances électorales prévues par le gouvernement actuel, ces élections doivent être libres, démocratique et pluraliste, enfin, la pression internationale doit favoriser la participation des différents partis, et surtout de l’opposition aux élections à venir.

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Benazir Bhutto, la disparition d'un symbole

Alors que Al Qaïda dément être à l’origine de la mort de Benazir Bhutto, le Pakistan s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos. Interviewé il y a quelques semaines par la chaîne d’information France 24, elle mettait en avant son désir de rendre le Pakistan à ses habitants, de chasser l’actuel président Pervez Musharraf.

Fille de l’ancien président puis premier ministre Zulfikar Alî Bhutto, elle est la première femme élue démocratiquement dans un pays musulman. Célèbre de part sa famille, elle l’est également et surtout de part son engagement au sein du Parti du Peuple Pakistanais, rattaché à l’Internationale Socialiste, et pour le peuple pakistanais. Amnistiée cet été à la suite de négociations entre Pervez Musharraf, Benazir Bhutto et Nazir Sharif concernant toutes les affaires judiciaires dont ils étaient les cibles, et également pour toutes les affaires de corruption qui les avaient amener à s’exiler.

Après un retour en puissance et une position de favorite pour les élections législatives du 8 Janvier 2008, Benazir Bhutto n’a pu faire face à son triste sort. Cet attentat suicide qui l’a visé montre le désordre et la volonté de ne pas rétablir de réelle démocratie dans ce pays majeur d’Asie Centrale. Alors qu’Islamabad accuse Al Qaïda, le pays entre dans un chaos le plus total, le Président odonnant la fermetures des banques, écoles et commerces et les paramilitaires recevant l’ordre de tirer à vue sur les manifestants pro-Bhutto… Le gouvernement de Pervez Musharraf se doit de rétablir l’ordre tout en respectant un esprit de neutralité et de pacifisation du pays. Les élections législatives à venir le 8 Janvier prochain ne pourront être maintenu que si ces objectifs sont atteints, et il faut naturellement qu’ils le soient puisqu’un report entraînerait immanquablement une guerre civile dans une région où le désordre est d’ores et déjà omniprésent.

La disparition du symbole pakistanais de la défense des citoyens et de l’absence de guerre pourrait bien entraînée un chaos pouvant aller jusqu’à la guerre civile.

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Paper Of The Week – Rushdie et la folie britannique

L’actualité qui a fait la Une cette semaine est évidemment l’anoblissement par la Reine Elisabeth II de l’écrivain Salman Rushdie. Le Paper Of The Week de cette semaine y est donc consacré avec un article du journal pakistanais The News.

20 Juin 2007 – The News – Rushdie et la folie britannique
Le titre de chevalier conféré à Salman Rushdie, le 16 juin, par la reine Elisabeth II, est une folie, estime le quotidien progressiste pakistanais The News. Il ne peut que renforcer la position des extrémistes et entretenir l’idée du choc des civilisations.

En décidant d’anoblir Salman Rushdie, la Grande-Bretagne a commis une des ces folies inexplicables qui semblent conçues pour rallier les forces de l’extrémisme dans notre monde dangereusement instable. Cette décision va probablement relancer la frénésie qui avait suivi la publication des Versets sataniques en 1988 – la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeiny contre l’auteur et les débordements de pharisaïsme occidental qui l’avaient suivie. Espérons que les réactions n’iront pas plus loin que cette colère vis-à-vis d’une décision particulièrement inopportune et insensible.

L’Assemblée nationale – rarement un modèle d’harmonie – s’est exprimée d’une seule voix et a fermement condamné cette décision. Le ministère des Affaires étrangères lui a fidèlement emboîté le pas. Dans le feu de l’action, Ijaz-ul-Haq, le ministre des Affaires religieuses, a publié une déclaration chargée d’émotion mais dont la formulation peu habile, relayée dans tous les journaux britanniques, a été interprétée comme un appel aux attentats suicides.

Le Pakistan avait déjà du mal à justifier son rôle dans la guerre contre le terrorisme auprès de son opinion et l’honneur fait à Salman Rushdie ne va que lui compliquer la tâche. En effet, les musulmans les plus modérés, qui avaient déjà du mal à s’exprimer dans un milieu en cours de radicalisation rapide, ont été contraints de se retirer dans leur bunker quand la décision est tombée. Quant à ceux, de plus en plus nombreux, que les récents errements des Etats-Unis et de son plus fervent allié ont radicalisés, c’est exactement le genre de munition dont ils avaient besoin. La Grande-Bretagne compte sur son sol un grand nombre de ces éléments égarés qui détiennent un passeport britannique. Les radicaux vont assurément s’en donner à cœur joie.

Un homme qui à leurs yeux est uniquement reconnu parce qu’il a décidé d’écrire un livre calomniant l’islam (la qualité de sa prose ne joue manifestement aucun rôle dans le débat) vient d’être officiellement honoré par la Couronne et l’Etat britanniques. Et ceci, à l’heure où le choc des civilisations domine le débat sur les divisions religieuses et où l’Irak et l’Afghanistan notamment monopolisent la une. Si les extrémistes cherchaient des arguments pour accuser l’Occident de mener une guerre contre l’islam, ils n’auraient pu rêver meilleure confirmation de leurs convictions.

Les religions, ce qui n’est pas la même chose que leurs adeptes extrémistes, toutes les religions méritent respect et tolérance. Ou alors serait-il plus acceptable d’en calomnier certaines uniquement parce que votre politique étrangère est comme par hasard en conflit avec ses pratiquants ? Comme Priyamvada Gopal [professeur à l'université de Cambridge] l’exprimait si éloquemment dans The Guardian lundi : « Sir Salman… est en partie la création de la fatwa qui a renforcé le ‘choc des civilisations’ en cours et que George Bush, comme Oussama Ben Laden, trouve si pratique. Poussé dans l’obscurité et le désespoir par le fanatisme, Rushdie a finalement émergé en clignant des yeux dans le soleil de New York peu avant que les tours ne s’effondrent. Son formidable talent littéraire serait désormais déployé au service d’un régime américain qui avait proclamé son propre monopole fondamentaliste sur la signification des mots ‘liberté’ et ‘libération’. »

Sir Salman honoré pour services rendus à la littérature n’est assurément pas un néoconservateur, mais l’icône d’une tendance plus pernicieuse : ces gens de lettres progressistes qui soucrivent à l’idée que les valeurs humaines, la tolérance et la liberté sont des idées fondamentalement occidentales qui doivent être défendues en tant que telles. » On a peut-être là un indice pour expliquer les motifs pervers qui ont poussé Tony Blair à anoblir cet auteur controversé. Jadis personnalité opposée à l’establishment, Salman Rushdie est devenu le chéri de ceux qui se félicitent de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, et ainsi l’un des rares intellectuels influents de l’Occident à avoir soutenu les récentes mésaventures de Bush et Blair.

The News
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